Carlos Thays : l’école paysagiste française à l’autre bout du monde

Jules Charles Thays, artiste paysagiste français, a laissé de très nombreuses traces sur les terres argentines, offrant au pays un héritage architectural colossal. Au tout début du XXe siècle, Charles Thays (ou Carlos en espagnol) a véritablement changé la face des grandes villes d’Argentine et d’Uruguay, offrant notamment à Buenos Aires un petit air de Paris.

Né à dans la capitale française le 20 aout 1849, Charles Thays étudie l’architecture du paysage et les sciences de l’urbanisme sous la formation de son professeur Edouard André. Ce dernier possédait un intérêt particulier pour la botanique et le paysagisme des promenades. Il a d’ailleurs travaillé pour le parc des Buttes Chaumont à Paris avant de débuter une carrière internationale à Liverpool, puis en Amérique du Sud où il importa de nouvelles sortes d’arbres. Edouard André redessina ainsi tous les espaces verts de la ville de Montevideo en Uruguay dès 1890.
Un peu plus tard, Thays fit la rencontre de Jean Charles Alphand, grand ingénieur et architecte français, ayant travaillé pour la conception du parc Monceau et des Champs Elysées, avant d’être directeur de l’exposition universelle de Paris en 1889. Ce dernier fut une grande source d’inspiration pour Charles. Agé de 40 ans, Thays fait ensuite la rencontre de Miguel Crisol, un argentin vivant à Cordoba et à la recherche de conseils pour la création d’un parc dans sa ville natale. Il rencontre d’abord Edouard André mais celui-ci recommande directement son élève.

C’est ainsi que, cette même année, Charles Thays posa le pied sur les terres argentines et se rendit à Córdoba pour y réaliser le premier parc du pays : le splendide jardin de Sarmiento. Certain affirment que ce serait même le tout premier parc d’Amérique du sud. La réalisation de ce parc de 17 hectares fut le fruit d’un travail acharné durant 22 longues années.
Il est important de mentionner qu’entre la fin du XIXe siècle et le début de la première Guerre mondiale, plus de 350.000 français se rendent au pays des gauchos ; les deux pays possèdent ainsi beaucoup de relations. La capitale argentine est souvent comparée à une capitale européenne, et plus particulièrement à Paris. L’influence de l’architecture haussmannienne parisienne est notamment très présente sur de nombreux édifices des beaux quartiers portègnes.

Cependant c’est l’héritage de Thays qui reste le plus prépondérant au sein de Buenos Aires : c’est avec lui que la ville deviendra le « Paris de l’Amérique du Sud ». Il accède au poste de directeur des allées et des parcs de la ville de Buenos Aires en 1891. Il va radicalement transformer la ville en réaménageant de nombreux espaces publics. Il créé alors les tout premiers parcs de la capitale, selon lui absolument nécessaire à la croissance d’une ville au grand potentiel.
Il est radicalement séduit par cet immense pays, et notamment par la flore locale qu’il répertorie, avec comme objectif de l’acclimater au milieu urbain. Il fait alors planter plus de 150.000 arbres, notamment le Jacaranda, le tipa ou le Yuchane, des espèces du continent dans tous les endroits clés de la ville. Il souhaite à ce moment montrer au reste du monde que la ville de Buenos Aires est une capitale riche, raffinée et cultivée. La ville possède alors de gros moyens et engage des artisans, paysagistes, botanistes, sculpteurs ou architectes issus de toute l’Europe.

Il commence d’abord par les endroits plus marécageux au nord de la ville, où il confectionne les bois de Palermo, poumon de 400 hectares. Avec toujours en tête l’exemple des jardins parisiens, Thays donne naissance à des espaces verts et des places aux quatre coins de la capitale, tels que les jardins du Centanaro, de Lezama, de Rivadavia ou de célèbres places comme la Plaza de Mayo, la Plaza Congreso ou la Plaza Consticucion.
La plus grande trace de son talent et pièce maitresse de toutes ses œuvres reste le magnifique Jardin Botanique, près de la Plaza Italia. Il y travailla dès 1892 sur des expérimentations botaniques, avant que le jardin soit inauguré publiquement en 1898. Ce terrain lui permet de devenir une référence en botanique grâce à ses expérimentations d’adaptation des plus belles espèces florales du pays en milieu urbain. Et c’est une réussite : désormais classé Monument Historique National depuis 1996, ce jardin de 67.000 m2 abrite plus de 5.500 espèces végétales différentes. Le paysagiste s’installa même au sein du parc avec sa famille pendant six ans dans une maison, maintenant ouverte aux visiteurs.

Jardin Botanique de Carlos Thays
Mais les chefs d’œuvres de notre artiste français ne se limitent pas à la ville de Buenos Aires. En effet, il a aussi contribué à l’aménagement de nombreuses autres villes comme la ville de Mendoza avec le parc de San Martin, le parc 9 de Julio à Tucuman, et offrit aussi sa contribution à Cordoba, Rosario, Santa Fe et Salta. Il retourna ensuite à Montevidéo, la ville de son prédécesseur et professeur, Edouard André, et redessina tout le quartier de Carrasco.
Il s’intéresse aussi au processus de germination de la Yerba Maté, avec pour objectif de l’apprivoiser à la culture industrielle. En effet, les argentins n’avaient initialement aucun savoir-faire en botanique et étaient obligés d’importer du maté du Brésil ou du Paraguay. Cela libera un réel potentiel économique pour le pays, privé de maté argentin depuis l’expulsion des jésuites.
Une de ses dernières merveilles fut la création du Parc National d’Iguazú en 1910, premier Parc National du pays qui fut ouvert au public l’année de sa mort, en 1934. C’était pour lui le seul moyen de conserver l’écosystème unique de cet incroyable site tout en permettant l’accès à de nombreux visiteurs.
Un français créateur et passionné au talent inégalable, pourtant encore très peu connu, mais qui a pourtant offert à l’Argentine un tout nouveau visage.

Parc Iguazu

Plus d’infos sur l’Argentine : http://www.argentina-excepcion.com/

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